Webinaire 101 du Forum Pamela Howard, la clé d’une meilleure couverture médiatique du terrorisme

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Photo d'illustration à la Une

Les conflits sont des phénomènes vieux comme le monde, avec le terrorisme qui met les Etats à rude épreuve. Au nom du devoir d’informer pour prévenir le mal, les journalistes bravent le danger dans des zones à risque, à la recherche de la vérité. Il faut bien s’y prendre. C’est l’objet du webinaire 101 du Forum Pamela Howard tenu le 1er septembre 2022 sur « le traitement journalistique du terrorisme et de l’extrémisme violent ».

L’Unesco définit le terrorisme et l’extrémisme violent comme l’utilisation de la violence idéologique pour atteindre des objectifs sociopolitiques ou religieux. Compte tenu de la complexité du sujet, il y a des règles journalistiques à ne pas piétiner, comme expliqué par l’auteur Jean-Paul Marthoz, répondant aux questions du directeur du Forum Kossi Balao.

Reconnaître un acte terroriste

C’est le premier devoir du technicien de l’information. Il doit être certain qu’il s’agit d’un acte terroriste. « C’est fondamental que les journalistes soient prudents et se réfèrent à des normes internationales établies, recourir à des experts qui peuvent les aider à établir de manière la plus rigoureuse possible si l’acte qu’ils vont couvrir est un acte de nature réellement terroriste ou un acte purement criminel », conseille Jean-Paul Marthoz.

Des militaires en missionDeux (02) des caractéristiques qui peuvent aider, « c’est à la fois la manière à discriminer contre des personnes innocentes et ensuite la volonté de provoquer un changement en général de nature politique dans la société que l’on agresse ».

Une partition à jouer

En sa qualité d’informateur, il y a des principes moteurs à observer pour un travail efficient. Le panéliste en avise les reporters.

Le journaliste doit fournir une information vérifiée, ne jamais céder aux demandes de manipulation venant des autorités, respecter les zones où le secret devrait être gardé. Le public a droit à des informations complètes, les opinions les plus diversifiées possibles pour pouvoir agir en connaissance de cause au sein de la société.

Mais encore, chaque terme a son sens, en fonction du contexte dans lequel il est utilisé. Un autre défi pour les médias lorsqu’ils racontent les faits d’actes terroristes, est d’éviter toute ambiguïté.

Une documentation nécessaire

Les journalistes doivent-ils se documenter sur la crise qu’ils couvrent ? Pour cette question de Kossi Balao, l’invité y va avec l’affirmative. De son point de vue, le journaliste a un devoir de connaissance. Il doit être à même de connaître un sujet de telle manière qu’il peut aider le public à comprendre le contexte dans lequel un événement est en train de se dérouler.

Si l’on veut éviter que la population ne cède à la peur et la stigmatisation, il faut lui fournir une information de référence. Ce rôle ne peut s’exercer que lorsqu’on a fait un travail immense de recherche, de vérification, de pluralisation d’informations, c’est d’avoir des sources un peu partout pour mieux comprendre un sujet et aider le public à pouvoir à son tour se former une idée.

« L’émotion fait partie du métier »

Jean-Paul Marthoz est directeur d’une formation à l’Université catholique de Louvain intitulée « Les médias et le phénomène terroriste ». Il estime que plus le journaliste est émotionnellement impliqué, plus il peut et doit faire correctement son travail pour remédier au mal.

L’émotion fait partie du métier. Il est difficile de ne pas être touché émotionnellement ou humainement lorsqu’on couvre les conflits, des massacres, des pertes civiles. Cela fait partie parfois de la qualité d’un article ou d’un reportage, c’est d’introduire ce sentiment humaniste et humain dans la couverture.

Cette réalité tient du fait qu’on ne peut pas « demander aux journalistes de cesser d’être humains pour faire leur métier », assure-t-il.

A l’écran, la dignité humaine doit prévaloir

Certaines âmes sont sensibles, puis il y a la dignité de l’être humain à prendre en compte. La solution selon le spécialiste, c’est d’éviter de publier des images qui paraissent choquantes, surtout par rapport au public auquel on s’adresse.

Une retransmissionTout de même, « face à des événements comme la guerre, il y a un risque lorsqu’on ne montre pas la souffrance telle qu’elle est. Pour les mêmes raisons morales, on peut se dire que c’est une guerre absolument brutale et nous la montrons ; et ceux qui avaient décidé de ne pas montrer ces photos ne font pas nécessairement un journalisme de second rang, c’est un choix qui correspond à leur propre conception éthique ».

Relation entre journaliste et terroriste

Pour un meilleur traitement de l’information, le reporter peut être en contact avec le terroriste, l’interviewer, chercher à comprendre les raisons qui sous-tendent son agissement.

L’expert n’est pas « contre des interviews qui sont réalisées par des journalistes aux auteurs terroristes. Mais il est important d’appliquer à ces entretiens des règles éthiques strictes pour éviter de devenir un élément de la propagande ou de l’héroïsation du terrorisme ».

L’alerte des autorités, un paramètre à évaluer

A moins que la sécurité du journaliste soit menacée, ce dernier ne doit pas se laisser décourager. Marthoz le martèle : « Sauf si cela se fait dans une règle de bonne entente ou que c’est un avertissement pour la sécurité du journaliste plutôt qu’une interdiction. Il faut avant tout que les rédacteurs en chef prennent en compte les questions de sécurité de leurs journalistes pour faire en sorte que ce genre d’expédition ne se termine pas dans le drame ».

Eviter de raviver les blessures des victimes

D’un point de vue physique et psychologique, ce sont des personnes mal en point. Par conséquent, il y a une série de conduites à tenir en amont, pendant et après l’interview pour ne pas leur faire mal davantage.

Un nombre de journalistes se comportent de manière brutale. Ils sont prêts à tout pour avoir l’information, au risque de traumatiser les victimes, de violer leur dignité, choquer leurs proches et le public. Il faut faire en sorte que les interviews des victimes ou les images respectent leur dignité. Le fait d’être attentif à leur fragilité, leur demander une autorisation, un consentement, ce sont des éléments qui définissent la doctrine de journalisme dont on se réclame.

L’information mais pas au péril de la vie

Pour l’interlocuteur de Kossi Balao, la sécurité du journaliste et des sources d’informations doit primer sur le reste. Aller dans une zone où il y a une activité terroriste comporte des risques d’enlèvement et d’assassinat. Si le professionnel décide de s’y rendre, il faut qu’il ne se compromette pas et protège sa source.

Si on va dans une zone terroriste et qu’on interroge des personnes surveillées, on sait que la personne interviewée sera intimidée. Donc on risque de poser pour cette personne à terme une question de sécurité. Si elle répond mal, il y aura des conséquences. C’est vital de toujours penser à la sécurité des sources d’information. Mais c’est aussi important de faire en sorte que le reportage ne soit pas guidé par la politique de communication du groupe terroriste.

Pas de place pour le sensationnalisme

Aux yeux de Jean-Paul, le sujet est très délicat pour le faire : « Le sensationnalisme est en général perturbateur, troubleur de sens et donc un élément qu’il faut à tout prix éviter, surtout à propos de la guerre ou du terrorisme parce que les conséquences peuvent être bien plus graves que lorsqu’on parle de sujets moins belliqueux ».

Le sensationnalisme est troubleur en journalismeLe danger avec le sensationnalisme, c’est qu’on « peut changer la situation, perturber une population, l’amener par l’émoi qui serait créé, à s’engager dans des représailles, amener des Etats à prendre des décisions impopulaires ». Il va de soi qu’il faut toujours contredire les rumeurs, les fake news.

Sans aucun doute, le journaliste a une mission prépondérante en situation de conflit. Il en est même un modérateur. Un acteur essentiel pour le retour à la paix. A condition qu’il utilise raisonnablement sa caméra, micro ou stylo, des outils de travail qui peuvent malencontreusement avoir les mêmes effets ravageurs que les armes de guerre, si les règles ci-dessus énumérées sont violées.

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