L’opposition togolaise, pas très 2.0

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Des leaders de l'opposition togolaise
Des leaders de l'opposition togolaise

Au Togo, un tweet d’un leader de l’opposition, c’est une aiguille dans une botte de foin. Sa réaction à chaud sur un évènement ou sujet nécessite des heures voire des jours d’attente. Et quand il se décide, c’est un communiqué ou une intervention sur des médias traditionnels. La promptitude que pourrait être la technologie 2.0 leur fait défaut.

Twiter, ‘’Facebooker’’ ou encore ‘’Tik toker’’ est avant tout une interaction. Elle permet de savoir comment interagit ses ‘’followers’’ par rapport à une position ou réaction qu’on vient de faire. C’est un cordon entre le leader et sa communauté qui partagent les mêmes valeurs. Il renforce aussi l’adhésion autour d’un projet. Ce pouvoir des réseaux, est comparable à une toile d’araignée que les hommes politiques tissent et entretiennent via leurs messages réguliers.

Vivier électoral

Leur capacité à atteindre en une fraction de seconde des milliers de personnes est un enjeu majeur dans les échéances électorales. C’est un vivier d’électeurs constants, flottants et volatiles. Et c’est surtout à ces deux derniers types d’électeurs que les leaders consacrent plus d’efforts compte tenu de leurs natures d’indécis et difficilement contrôlables. Les chefs des partis politiques les nourrissent de leurs messages ou de leurs discours galvanisants dans l’optique de s’offrir leurs voix lors des décomptes.

Au Togo, alors que ces nouveaux médias peuvent pallier la difficulté d’accès à des zones désenclavées du pays (surtout l’extrême nord) et qui ont besoin elles aussi des diversifiés. Ce sont des zones où les populations écoutent plus les médias publics (Radio Lomé, Atop, Togo presse). Elles sont donc plus exposées aux messages du parti au pouvoir dont les médias publics sont les principaux canaux de diffusion.

Old School

Ils se comptent sur les doigts d’un lépreux, ces leaders de l’opposition qui ont un compte Twitter. Sur ce nombre très infirme, les réactions de certains remontent à Mathusalem. Il est alors difficile de savoir combien d’abonnés ou « followers » ils comptent. Il faut relever que le réseau social à l’emblème d’un oiseau n’est pas le seul mais il a la particularité d’être le plus utilisé par les hommes politiques de par le monde à côté de Facebook.

Il y a une distance entre l’opposition togolaise et certains de ses militants. Ce n’est pas un éloignement dû aux infrastructures ferroviaires (elles constituent de sérieux handicaps pour les meetings dans certaines régions), mais c’est un écart communicationnel. Alors que les réseaux sociaux se révèlent donc un raccourci. Efficaces d’ailleurs. Mais le constat est tel que leurs pouvoirs ne sont toujours pas pris en compte par les leaders de l’opposition.

La préférence est toujours donnée aux médias traditionnels. Autrement, de l’« ancienne école ». Alors que ces médias ont des limites surtout dans les pays en voie de développement comme le Togo. Ils ne couvrent pas la totalité du territoire. A part Radio Lomé, Togo presse, la presse privée ne s’étend pas à tout le pays. Même les radios communautaires de l’intérieur font souvent dans l’accompagnement du régime cinquantenaire.

Devant une telle réalité, Facebook, Twitter, Tik Tok peuvent aider à perforer ces digues et permettre aux populations d’avoir une autre lecture sur l’actualité politique. Même si la radio et la télé sont qualifiées de médias de l’instantané, les réseaux sociaux le sont encore plus. Leur vitesse de pénétration est un atout indéniable. Recourir à eux, permettra de ne pas être trop attentiste devant une situation avant de se décider. Faute d’une bonne cellule de communication prompte à réagir, un tweet, un message sur Facebook ou sur Tik tok peut combler ce gap et rapprocher davantage les leaders politiques de leurs militants des localités enclavées. Le temps d’écrire des communiqués ou d’intervenir dans un média traditionnel (très limité d’ailleurs sur le territoire) est souvent long.

Eliminer les préjugés

Ces derniers temps le pays est la cible d’attaques. Les motivations seraient loin des mobiles djihadistes. La région des Savanes, l’extrême nord frontalier avec le Burkina Faso ne connaît plus la quiétude face aux assauts nocturnes des ‘’bandits armés’’ (selon l’expression du gouvernement). Devant les pertes de vies humaines et la crainte d’éventuelles attaques, les populations endeuillées fuient leurs localités. C’est un drame national. Témoigner de la compassion ou du soutien ne devrait pas traîner.

Un tweet peut se révéler une attention portée à un militant (une potentielle voix) affligé. Aussi cela permettra-t-il de faire tomber les préjugés selon lesquels c’est lors des élections que l’opposition se souvienne des localités désenclavées. A défaut des contraintes liées aux déplacements, les réseaux sociaux peuvent aider à casser ces idées reçues par les milieux reculés.

Tête de l’eau

Dans le microcosme des leaders de l’opposition qui utilisent les réseaux sociaux, il y a deux qui sortent la tête de l’eau. Ils animent régulièrement leurs pages Facebook. Il s’agit de Nathaniel Olympio, du Parti des Togolais et Gerry Taama, du Nouvel engagement togolais (Net). Le premier n’hésite pas à donner son avis sur des sujets politiques. Il est visiblement bien suivi. Car ses prises de position sont relayées par la presse. C’est le signe d’une permanente interaction entre le leader politique et ses abonnés. Le second aussi pianote fréquemment sur les claviers de son smartphone pour donner son avis sur des sujets divers. Ses interventions sont souvent d’ordre sociétal. Il est sélectif sur l’actualité politique.

Tout compte fait, chaque parti politique ou leader a sa stratégie de communication pour atteindre sa cible. Mais il faut surtout faire le choix de celle qui est la plus efficace et avec peu de moyens.

Benoît Eklou / l’Echiquier

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